« Adolescence terminée, adolescence interminable ? »

2e colloque international en sciences de l’éducation organisé par le CAREF – Université de Picardie Jules Verne- Amiens le vendredi 26 et le samedi 27 octobre 2018 à l’Université Saint-Esprit Kaslik-Jounieh (Liban)

Argumentaire et appel à communications

« Chez les peuples primitifs, les changements de la puberté  sont masqués sous des tabous, ou bien  on fait de l’adolescent un adulte en quelques semaines  ou quelques mois au moyen de certains rites ou d’épreuves. »

 (D. W. Winnicott, 1969)

Ce colloque, qui aura lieu au Liban (Université Saint-Esprit Kaslik-Jounieh) les vendredi 26 et samedi 27 octobre 2018, est la deuxième manifestation scientifique du réseau international « Adolescence contemporaine et environnement incertain ». Dans la continuité du colloque organisé à l’Université de Picardie Jules Verne à Amiens en juin 2015, ce prochain colloque international propose d’interroger ce qui fait scansion et passage à l’adolescence aujourd’hui. Il s’agit d’étudier et de discuter les différents passages au temps de l’adolescence et plus particulièrement d’essayer de comprendre si et comment la transition du cycle secondaire (lycée) au cycle universitaire ainsi que le changement de statut qui le caractérise, de l’élève à l’étudiant, constitue encore aujourd’hui un passage symbolique du devenir adulte. Le colloque sera l’occasion de croiser les regards disciplinaires et de confronter les savoirs professionnels sur des seuils d’entrée et de sortie de l’adolescence qui s’avèrent aujourd’hui de plus en plus brouillés ou contraints par l’environnement culturel auquel appartient l’adolescent. Le processus adolescent étant exposé à des remaniements du lien social qui ne cessent de se modifier, comment les transformations actuelles de ce lien social affectent-elles les rapports entre les sujets et les institutions ?

Les rites de passage dans la construction identitaire concernant la transition vers l’âge adulte ont été décrits par A. Van Gennep dès 1909 comme marquant le changement de statut social du sujet. L’auteur dégage trois étapes structurantes : la séparation d’avec l’état antérieur qui consiste en la perte des objets infantiles et les « adieux à l’enfance » selon la belle expression d’Alain Braconnier ; la marginalisation (entre-deux) où il s’agit d’une mise à l’épreuve ; enfin l’agrégation, ce nouvel état identifié comme une intégration au monde des adultes. Le processus séparation-agrégation reste inhérent au processus adolescent. Les rites de passage sont ces « séquences cérémoniales qui accompagnent le passage d’une situation à une autre et d’un monde (cosmique ou social) à un autre », comme l’écrit A. Van Gennep (1909/1981). D’une manière plus actuelle, selon Jonathan Ahovi et Marie-Rose Moro, « les rites de passage remplissent trois fonctions qui correspondent à leurs trois aspects » : l’un sociologique, où « les rites de passage ont une évidente fonction de détermination des statuts », l’autre, psychologique, où « les rites de passage ont une fonction d’aide et de sécurisation des individus ». La troisième fonction est à caractère religieux : elle « réside dans le fait de donner sens à la vie, à la mort, au monde » (Ahovi et Moro, 2010).

Nous sommes partis en effet de la question : quels sont, pour les adolescent·e·s contemporain·e·s, les rites de passage qui permettent de soutenir leur construction identitaire ? Ce colloque sera l’occasion d’interroger à nouveau une question déjà posée par I. Barande et S. Deymas dans un article publié dans La psychiatrie de l’enfant en 2001 : reprenant la formule freudienne sur « l’analyse terminée et l’analyse interminable » (Freud, 1939), ces auteures posaient la question d’une « adolescence terminée, interminable ? ». D’une culture à l’autre, nous repérons des rites qui marquent les passages pour adolescent·e·s. Quels sont, aujourd’hui, les rites de passage qui font encore scansion dans différentes sociétés (européenne, brésilienne, libanaise, marocaine…) ? Face au délitement des rites de passage sociétaux et aux atteintes narcissiques individuelles et collectives qu’engendrent l’incertitude et les peurs quotidiennes, quels places et rôles occupent les adultes, dont les professionnels de l’éducation, dans l’accompagnement d’épreuves « ritualisées », pouvant être investies par les adolescent·e·s comme un mode de subjectivation des changements pubertaires, comme une possibilité de transformer les pulsions agressives et sexuelles, bref comme une voie majeure de sublimation ? Aujourd’hui, le monde contemporain offre de plus en plus un système de valeurs ouvert, alors que nous assistons à une carence de réponses laissant le sujet confronté à ses ressources narcissiques. En effet, les travaux de recherches montrent, qu’en grande partie, ils·elles seront livré·e·s à eux-mêmes, devant se débrouiller pour négocier, comme ils·elles le peuvent, ce passage de l’adolescence à l’âge adulte. Certain·e·s y arriveront, car ils·elles ont des ressources narcissiques et parviennent à construire des étayages suffisants. D’autres, psychologiquement, familialement ou socialement fragilisé·e·s, deviendront vulnérables aux séductions dangereuses qui jalonneront leur route. Par ailleurs, nous remarquons que lorsque l’adolescent·e arrive à la majorité, il·elle se trouve subitement au regard de la société responsable en matière juridique. Il·elle éprouve le besoin d’être étayé·e dans son nouveau pouvoir de décision, mais il·elle ne le formule pas explicitement. Comment les aider à vivre avec la part de conflit et d’ambivalence propre de la vie psychique ? Comment les accompagner pour leur permettre de lier les affects et de s’orienter par et au-delà de l’angoisse leur permettant de ne pas rompre les liens avec les institutions ? Dans la conclusion de l’article cité plus haut, I. Barande et S. Deymas soutiennent plutôt la thèse d’une « adolescence interminable » en insistant sur « l’incertitude concernant l’accès à un âge adulte ». Pour elles, c’est même « notre inachèvement, notre adolescence interminable qui autorise des identifications [qui] nous permettent de tenter d’assurer un accompagnement si possible à la hauteur des espoirs dérobés des adolescents ». Ce colloque en sciences de l’éducation nous permettra également de renouveler la réflexion sur la manière dont les diverses figures de la génération précédente tiennent une position d’adulte face à l’adolescent·e et pour l’adolescent·e.

Appel à communications

Nous vous invitons à contribuer à cette nouvelle réflexion en proposant une communication à partir des diverses questions évoquées ci-dessus.

Ces communications alimenteront les ateliers et porteront sur des travaux issus de recherches récentes et/ou d’élaborations théoriques. Leurs présentations orales d’une durée de 15 minutes seront suivies d’un temps de discussion.

Les propositions de communication seront composées de :

– un titre ;

– un texte en langue française résumant la communication orale (2500 signes maximum, espaces comprises) ;

– 4 références bibliographiques au maximum (normes APA) ;

– 5 mots clés.

Une page de garde devra indiquer : nom, qualité et appartenance institutionnelle, adresse électronique et adresse postale complète de ou des auteur·e·s.

Le comité de lecture sera attentif à l’adéquation des propositions au thème du colloque. Devront être précisés le questionnement, la perspective théorique, les modalités de constitution du corpus et de son analyse.

Les propositions de communication seront transmises par courrier électronique à l’adresse : colloque.acei2018@free.fr au plus tard le 9 avril 2018.

Réponses aux auteur·e·s au plus tard le 9 mai 2018.

Toutes les informations complémentaires seront affichées à partir du 9 mai 2018 sur le site du colloque : www.adolescencecontemporaine.org

Les inscriptions au colloque seront ouvertes du 9 mai au 8 juillet 2018 pour les tarifs préférentiels et du 8 juillet au 20 octobre 2018 pour le plein tarif.

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